Mon dernier billet

Un mois plus tard

 

Le 22 avril 2026. 

Un mois aujourd’hui que les électeurs niçois ont décidé de ma nouvelle vie. Leur choix, démocratique, met un terme à douze années d’engagement citoyen et politique. Je savais dès le premier jour que cela n’aurait qu’un temps. Dont acte.

Le temps, voilà bien ce que je ressens comme le plus marquant des changements depuis un mois. Il n’est plus le même. J’ai l’impression paradoxale de mieux le maîtriser et à la fois de moins en dépendre. Je l’utilise à mon gré : les contraintes, avec lesquelles je cohabitais, sont désormais elles que je me choisis. 

A dire vrai, j’avais un peu peur du vide. Une telle densité de vie(s) pendant si longtemps ne pouvait laisser place qu’au vide. Erreur d’analyse. Cette vie faite de rencontres, de réunions, d’événements, de gestion de projets, de résolution de problèmes, d’imprévus, de tensions, de satisfactions, de fiertés, cette vie que j’ai tellement aimée, cette vie-là use, lentement et sûrement. Et le soir même du scrutin, me posant enfin très tardivement, j’éprouvai un sentiment triple : d’abord la déception, bien sûr, de ne pas avoir l’opportunité d’exercer un nouveau mandat municipal assorti des nouvelles responsabilités passionnantes qui m’étaient proposées ; la reconnaissance, ensuite, d’avoir eu la chance de vivre ces douze années si fortes ; l’apaisement, enfin, que je n’attendais pas, dont je ne ressentais d’ailleurs pas le besoin.

Assis face à ma femme, je verbalisai cette sorte d’allègement soudain. Pas un soulagement, non. Plutôt la conviction qu’une nouvelle vie commençait et que les charges changeaient désormais d’épaules. Je n’éprouvai ni regret, ni rancœur, ni remords. Fier de ce que j’ai pu accomplir, sans trahison et avec dignité, je mesurai à cet instant ma sérénité : je pourrais marcher dans Nice tranquillement, je pourrais, devant mon café, lire Nice-Matin sans appréhension puis ouvrir ma messagerie sans inquiétude.

Les jours qui suivirent me permirent de dire mon estime et ma gratitude à ceux avec qui – et grâce à qui - j’avais œuvré pour le bien public. Je garderai de cette période l’émotion des regards, des mots, des embrassades, des messages reçus.

Ma nouvelle vie, donc, sera, là encore, multiple : théâtre (en commençant par Campanerìa en mai), lecture, écriture (des projets en tête ou entamés de longue date), marches à Beuil bien accompagné, découverte de nouveaux vins, entretien du potager administré par Claire, apprentissage de la clarinette démarré pendant le tourbillon de ces derniers mois, week-ends en Italie (surtout), vie en famille, repas et rencontres amicales, plongées dans les archives (fournies) de mon grand-père… Et puis, peut-être, dans une forme encore à définir, un partage de mes expériences nouvelles avec qui voudra bien entendre parler, de lecture(s), de vin, de musique, de bon repas, de films, de paysages, de culture niçoise et de tout ce qui me passera par la tête.

A bientôt donc, joyeusement.

 

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Aimer ou avoir aimé

Le 12 mars 2017.

« Aimer ou avoir aimé, cela suffit. Ne demandez rien ensuite. On n'a pas d'autre perle à trouver dans les plis ténébreux de la vie. »

Parmi les doux mots entendus en ce Printemps des poètes, cette perle de Victor Hugo entendue dans la pièce Victor Hugo, mon amour, perle pêchée dans l’immense collier des Misérables (Tome 5, chapitre 2).

Une salutaire bouffée d’air, qui nous rappelle l’essentiel, l’amour, la quinte essence, le cinquième élément selon Luc Besson.

Une salutaire bouffée d’air, alors même que le contexte dans lequel nous évoluons régressons surnageons… alors même que le contexte, politique comme social, est nauséabond.

Parce que je nous crois à une période charnière, les élections de ci de là n’en étant qu’un des infimes constituants, cette bouffée d’air est salutaire, dans un climat délétère. Voici le bon mot ! Délétère, du grec ancien dêlêtêrios : nuisible, qui empoisonne, qui attaque la santé. Sur un plan littéraire, est délétère ce qui corrompt l'esprit, ce qui est nuisible, corrupteur, néfaste. Voilà donc le mot idoine, celui qui, exactement, exprime ma pensée.

Le même 2e chapitre du tome 5 des Misérables commence ainsi :

« Réaliser son rêve. A qui cela est-il donné ? Il doit y avoir des élections pour cela dans le ciel ; nous sommes tous candidats à notre insu ; les anges votent. »

Si Victor Hugo dit vrai, si nous sommes tous candidats à la réalisation de notre rêve, si ce sont les anges qui votent, apprécions la perle trouvée « dans les plis ténébreux de la vie » pour espérer remporter l’élection...

« Le poète a toujours raison, Qui voit plus haut que l'horizon, Et le futur est son royaume. »

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